Café Infusé à Froid : est-ce que l’époque moderne en sait plus que l’époque ancienne ?
Je répondrai que oui. Nous avons une avance technologique incroyablement développée comparée à il y a 200 ans. Du matériel, des recherches avancées, des découvertes. On pourrait presque dire que nos aïeux n’avaient rien par rapport à nous !
Et pourtant, vous allez découvrir qu’il y a presque deux siècles, sans nos outils d’aujourd’hui, ces passionnés savaient parfaitement de quoi ils parlaient !
À la base, le café en infusion à froid avait pour but d’être bu chaud.
Aujourd’hui , on l’appelle Cold Brew et il est bu plutôt froid, voire glacé. Et une multitude de recettes peuvent en être tirées.
Une recherche sur internet vous montrera souvent ceci :
Le cold brew est en effet devenu très tendance en France et en Europe ces dernières années. Cette méthode a été inventée aux États-Unis dans les années 60 par Todd Simpson.
Il faut avouer que ce descriptif, arrivant en premier dans mes résultats de recherches (il sera peut-être différent pour vous), me laisse sur ma faim d’en savoir plus. Et la suite montrera que le plus court chemin n’est pas toujours le meilleur.
54 ans de café infusé à froid Toddy Simpson était un entrepreneur créatif qui semblait avoir un flot constant d’idées commerciales nouvelles en tête. En tant que fils, je l’admirais au sens figuré et au sens propre – c’était un grand homme de 1,95 mètre. Même s’il était occupé, il aimait s’asseoir et discuter avec quiconque voulait bien prendre une tasse de café chaud avec lui.
Malheureusement, sa femme Betty ne pouvait pas profiter de ce rituel du café sans que son estomac ne s’irrite. Mon père a commencé à rechercher une tasse de café plus douce et moins acide en utilisant les compétences qu’il avait apprises au Cornell’s College of Chemical Engineering.
Il a découvert que l’infusion à haute température extrait un pourcentage important d’acides et d’huiles indésirables, ce qui l’a conduit à commencer à expérimenter l’infusion à froid. Il a découvert que l’infusion à froid produisait une tasse de café qui contenait 66 % d’acide et d’huile en moins que l’alternative à l’infusion à chaud. En 1964, il a lancé une révolution du café avec son brevet de la première cafetière à infusion à froid.
Certains l’aiment chaud
Le café infusé à froid est naturellement une boisson glacée délicieuse, mais il a été créé à l’origine pour être dégusté chaud. Contrairement à une tasse de café traditionnelle qui devient imbuvable à température ambiante, le café infusé à froid reste ultra doux en refroidissant. Cet avantage du café infusé à froid plaît particulièrement aux amateurs de café d’aujourd’hui qui veulent une tasse de café chaud le matin mais n’ont pas le temps de le finir avant qu’il n’atteigne la température ambiante.
J’ai participé à de nombreux tests approfondis comparant le café chaud infusé à froid au café chaud infusé à chaud, et les résultats sont clairs : le café chaud infusé à froid arrive largement en tête. Lors d’un test de groupe de discussion de McDonald’s en 2013, 84 % des consommateurs ont préféré le café infusé à froid servi chaud plutôt que le café chaud traditionnel.
Comme le café infusé à froid contient moins d’huile et d’acide, il est beaucoup plus facile de distinguer les attributs des cafés d’origine unique tels que le café guatémaltèque (notes de noix et de chocolat) ou éthiopien (myrtille ou autres saveurs fruitées). À quoi bon payer plus cher pour un café de qualité si vous ne pouvez pas goûter les caractéristiques subtiles qui le rendent spécial ?
De nouvelles aventures en préparation
Mes parents ont transformé leur garage en espace de travail et ont assemblé et emballé individuellement chaque cafetière à infusion froide avant de la livrer en main propre au bureau de poste. Dans les années 70 et au début des années 80, il y avait très peu de cafés et la majorité des cafetières à infusion froide étaient vendues dans des magasins de cuisine et de quincaillerie.
En 1987, ma femme Maryfrances et moi avons repris l’entreprise familiale. Nous avons rebaptisé l’emballage et commencé à promouvoir la méthode d’infusion à froid comme moyen de préparer de délicieuses boissons glacées au café à la maison ou dans des cuisines gastronomiques. Nous avons parcouru le pays pour présenter des lattes glacés infusés à froid lors de salons spécialisés dans l’alimentation. Si nous pouvions faire goûter notre infusion froide à quelqu’un, nous faisions la vente !
Les boissons glacées au café étaient encore un concept étrange pour la plupart des gens à l’époque. Lentement mais sûrement, les gens ont compris. À la fin des années 1980, nous avons ajouté une petite chaîne appelée Starbucks (vous en avez peut-être entendu parler ?) à notre liste de clients. De nombreux cafés et chaînes ont rapidement commencé à acheter notre machine à infusion froide pour produire leurs boissons glacées signatures derrière le comptoir.
En 1988, nous avons commencé à produire des concentrés de café et de thé infusés à froid afin que les entreprises puissent fabriquer rapidement leurs propres boissons uniques sans avoir à utiliser un système d’infusion à froid. Avant de vendre finalement l’entreprise, nous avons développé et produit des concentrés pour de grandes chaînes telles que Seattle’s Best, Peet’s, Honest Tea, Arizona, Caribou Coffee et bien d’autres.
En 2015, j’ai commencé une nouvelle aventure d’infusion à froid. Ma société de développement, Brew N Bottle, a formé une alliance avec une grande usine de fabrication certifiée SQF pour produire des produits de café et de thé infusés à froid personnalisés qui ont le goût d’être fraîchement infusés dans un café local. De nombreuses boissons sur le marché se détériorent très rapidement et deviennent acides. Notre procédé révolutionnaire ralentit la dérive du pH qui est courante dans de nombreux produits actuellement en vente sur les étagères. Notre installation est capable de remplir des bacs ou des fûts avec des concentrés en vrac ainsi que des bouteilles en plastique et en verre, en sac dans une boîte, pour les boissons prêtes à boire.
Il y a plusieurs décennies, le café infusé à froid était exclusivement destiné à être servi chaud. Je ne suis pas sûr que mon père aurait pu imaginer que les gens se rueraient dans les cafés pour acheter du café infusé à froid sous des dizaines de formes, notamment des canettes prêtes à boire, des lattes glacés et le dernier café infusé à l’azote servi au robinet. Ce fut tout un parcours et j’attends avec impatience ce que nous réserve la révolution du café infusé à froid.
Voilà, l’histoire est belle, et bravo à eux pour le travail réalisé pendant toutes ces décennies. Mais il faut tout de même poursuivre l’histoire, vous allez voir que c’est assez surprenant.
Ici, nous en apprenons un peu plus sur le café en infusion à froid que les Hollandais et les Japonais consomment dans les années 1600 :
https://www.gusdeancoffee.com/post/history-of-cold-brew
Histoire du café infusé à froid
L'origine du café infusé à froid n'est pas connue. Les marins hollandais des années 1600 furent les premiers consommateurs documentés de café infusé à froid. Le café était infusé à froid à bord des navires pour obtenir un concentré qui pouvait durer toute la durée d'un long voyage.
On suppose que les commerçants hollandais ont présenté le café infusé à froid aux Japonais qui ont perfectionné le procédé en développant le café de style Kyoto dans lequel des perles d'eau individuelles sont très lentement versées dans le marc de café pour obtenir un concentré...
Je vous invite à lire la suite directement sur leur site.
Ici, une suite de dates intéressantes parlant du café en infusion à froid.
https://www.drinktrade.com/blogs/education/cold-brew-coffee-history
Il peut sembler que le café infusé à froid n'ait conquis le monde que récemment, mais ses origines sont profondément ancrées dans l'histoire plus vaste du café. À l'aube de l'ère moderne, le commerce mondial a fait circuler de nouveaux produits et de nouvelles idées, et le concept de café infusé à froid a commencé à prendre racine bien au-delà de son point d'origine au Japon.
Je vous invite également à lire la suite directement sur leur site.
Et enfin, ici, les écrits de nos aïeux. Une fois de plus, Internet ne dépasse pas les livres.
Dans cet ouvrage français de 1832, on n’est pas avare de mots, de tests, d’expériences pour infuser le café autrement qu’ à l’eau bouillante. Je vous invite à lire ces passionnantes lignes qui ont presque 200 ans ! Et vous pourrez constater que la curiosité des anciens était poussée très loin.
La recherche Internet, plus facile, plus rapide, nous emmène souvent sur des chemins qui forment des vérités qui ne sont pas toujours justes. Les copier-coller, se répétant à l’infini, ne laissent pas toujours la place à la réalité. Voilà pourquoi les livres, eux, gardent cette magie. Surtout s’ils sont anciens.
Quand on passe d’une recherche internet à la lecture d’un livre, on se demande souvent qui a inventé quoi et à quelle époque !
Mais si on fait l’effort, avec un livre, de se plonger dans le passé, on a droit à un voyage qu’on a du mal à écourter. Et quand on a commencé, on désire absolument aller jusqu’au bout !
VOICI LE LIVRE
Monographie du café ou Manuel de l’amateur du café. Par G. E. GOUBARD D’AULNAY en 1832.
DE L'INFUSION À L'EAU CHAUDE.
CHAPITRE 28
(J’interviens de suite pour préciser que l’auteur ne va pas parler de l’eau chaude au sens de très chaude ou bouillante. Comme on pourrait s’y attendre quand on parle de café.)
La qualité du café en boisson dépend principalement du degré de chaleur de l'eau. L'expérience a démontré que du café de qualité médiocre, infusé à une chaleur convenable, donnait une liqueur très bonne. Tandis que d'excellents cafés, sur lesquels on avait jeté de l'eau bouillante ou qu'on avait mis dans l'eau en ébullition, n'avaient offert qu'une boisson fort médiocre. Ainsi donc, au lieu de jeter l'eau bouillante, ou à 80 degrés (Celsius), dans une cafetière de porcelaine ou de terre de Sarguemine (Sarreguemines, ville de Moselle en France, haut lieu de faïenceries en ce temps-là), ceux qui tiendront à ne pas boire de l'encre au lieu de café n'emploieront que de l'eau chauffée de 50 à 60 degrés (Celsius). On reconnaît ce degré de chaleur quand on ne peut plonger le bout du doigt dans l'eau sans se brûler (évidemment, aujourd'hui, on utiliserait des thermomètres de toutes sortes pour faire ça). Nous avons vu, en faisant l'expérience sur six tasses, que le café traité par l'eau bouillante, n'offrait au caféomètre, qu'un degré de pondération de 6 degrés 1/8. La pondération représente la qualité. Ainsi, la première tasse écoulée, marquant toujours un degré de pondération bien plus élevé au caféomètre, est toujours bien supérieure à celles qui s'écoulent ensuite, et surtout aux dernières. Mais c'est du mélange de ces différentes nuances de qualité que présente chaque tasse qui s'écoule depuis la première jusqu'à la dernière, que dépend la somme totale de la qualité de la liqueur. On verse l'eau à deux reprises différentes par parties égales. On doit attendre, pour verser la seconde moitié d'eau, que l'infusion ait commencé à couler. Voyons, d'après M. Cadet de Vaux, quel sera le degré de pondération de six tasses de café, en employant l'eau très chaude, sans bouillir, c'est-à-dire de 50 à 60 degrés (Celsius).
1ere tasse : 4 degrés 3/8.
2ᵉ tasse : 1 degré 5/8.
3ᵉ tasse : 0 degré 6/8
4ᵉ tasse : 0 degré 4/8
5ᵉ tasse : 0 degré 2/8
6ᵉ tasse : 0 degré 1/8
TOTAL : 7 degrés 5/8.
On a donc obtenu pour résultat 7 degrés 5/8 par l'eau chaude, tandis que l'eau bouillante n'a présenté que 6 degrés 1/8 de pondération.
Renonçons donc à l'eau bouillante, qui n'est propre qu'à extraire du café des principes qui ne servent qu'à détruire les parties aromatiques, qui en font une boisson délicieuse, et qui sont facilement extraites par l'eau chaude qui n'altère pas, et même par l'infusion à froid.
Le café, infusé à l'eau chaude, est limpide, d'une couleur brillante. Son parfum est délicieux, sa saveur est exquise.
La première tasse écoulée est l'essence, véritable ambroisie digne des dieux.
La seconde, quoique bien inférieure, puisque l'une marque au caféomètre 4 degrés 3/8, tandis que l'autre ne marque que 1 degré 5/8, possède un goût parfait.
Ce sont ces deux premières tasses écoulées qui communiquent aux quatre autres leur qualité et donnent pour les six tasses, dans l'expérience que nous avons indiquée, une liqueur parfumée, et presque inconnue à tous ceux qui préparent le café en suivant les anciennes méthodes.
Waouuuuu ! Ces explications me donnent forcément envie d’essayer cette méthode !
Nous allons passer au prochain chapitre qui parle de l’infusion à l’eau froide.
Monographie du café ou Manuel de l’amateur du café. Par G. E. GOUBARD D’AULNAY en 1832.
CHAPITRE 29
DE L’INFUSION À L’EAU FROIDE
L'infusion à l'eau froide, comme l'infusion à l'eau chaude, récupère au café tous ses principes aromatiques,et n'en extrait point, ou du moins détache fort peu d'acide gallique. Le café ainsi préparé est bien moins amer, il exige beaucoup moins de sucre, il n'est point comparable pour la qualité aux cafés obtenus par l'ébullition ou l'infusion à l'eau bouillante. Il exige fort peu de soin, car on peut préparer son café le soir en se couchant, et on le trouve fait le matin à son lever. C'est à tort qu'on a prétendu qu'il fallait plus de café quand on faisait l'infusion à l'eau froide. Peut-être doit-on attribuer cette opinion à l'habitude que l'on a de voir du café qui, chargé d'acide gallique, est très foncé en couleur, tandis que le café infusé à l'eau froide ne présente que la couleur capucin clair, mais tout ce qu'il perd en couleur il le gagne en saveur. On doit mettre le café, pour l'infusion à l'eau froide, dans les mêmes proportions que si on voulait verser dessus de l'eau bouillante et, malgré sa couleur claire, on pourra se convaincre, par le caféomètre, que les degrés de pondération, pour chaque tasse, sont entièrement à l'avantage de l'infusion à l'eau froide. Comme, par l'infusion à l'eau chaude et à l'eau froide, l'extraction des principes solubles est plus lente.
Pour que la filtration soit moins longue, on peut verser la veille, sur le café en poudre, la quantité d'eau que le marc doit absorber, quantité que nous avons indiquée pour chaque tasse. Le lendemain matin, on n'a qu'à verser le nombre exact de tasses que l'on veut obtenir. Le café fait ainsi à l'avance n'en sera que meilleur, car on sera obligé de le réchauffer, et il est reconnu que le café réchauffé acquiert un degré de qualité de plus. (Évidemment, l'auteur parle ici du café réchauffé qui a été infusé à l'eau chaude de 50 à 60 degrés Celsius ou de celui infusé à l'eau froide. Pas question de réchauffer un café passé à l’eau bouillante).
Monographie du café ou Manuel de l’amateur du café. Par G. E. GOUBARD D’AULNAY en 1832.
CHAPITRE 30
DU CAFÉ RECHAUFFÉ
L'appareil le plus convenable pour réchauffer le café est le bain-marie, tel que celui qu'Harel a établi pour ses cafetières en terre de Sarguemine. Après avoir, la veille ou le matin, préparé son café, soit par l'infusion à l'eau froide, soit par l'infusion à l'eau chaude, et avoir eu soin de tenir la cafetière hermétiquement fermée, on place, quelque temps avant de servir, le bain-marie sur le feu. Puis un quart d'heure avant d'apporter le café sur la table, on place la cafetière, toujours bien close, dans le bain-marie. On peut également les mettre tous les deux ensemble sur un feu doux, une demi-heure au plus avant de servir. Cette continuité d'une douce chaleur dégage du café l'huile volatile essentielle qui constitue la partie aromatique du café, qui en fait toute la bonté et qu'on voit nager à la surface des tasses quand la liqueur a été bien préparée. L'on obtient ainsi, avec moins de soin que par les procédés de l'ébullition et de l'infusion à l'eau bouillante, un café fini, véritable nectar des gourmets. Ceux qui n'auraient pas de bain-marie, peuvent simplement exposer la cafetière bien close, une heure avant le dîner, assez près du feu pour que le café puisse être bien chaud, car c'est une des conditions essentielles, et assez loin pour qu'il ne puisse ni bouillir ni même frémir, car on lui enlèverait par là son parfum et sa qualité. Mais alors, il est indispensable que la cafetière soit bien pleine, autrement il contracterait ce goût désagréable qu'ont tous les liquides que l'on expose devant le feu dans des casseroles non remplies. On n'est pas sujet à ces inconvénients avec le bain-marie. La chaleur venant de dessous et étant communiquée par le contact de l'eau, on peut mettre dans la cafetière la quantité de liqueur que l'on veut sans l'exposer à prendre un mauvais goût. On peut conserver du café infusé dans des bouteilles bien bouchées. On en verse au fur et à mesure dans une cafetière bien fermée de son couvercle et on l'expose au bain-marie. Ce procédé est d'une grande ressource pour les voyageurs.
La lecture de ces chapitres sur le café infusé à l’eau chaude, à l’eau froide et le café réchauffé a éveillé en moi des souvenirs bien enfouis !
Je viens de me souvenir de cette phrase qu’on entendait souvent étant enfant :
Café bouillu, café foutu.
C’est une phrase française avec le mot bouillu qui n’existe pas.
La vraie phrase serait : café bouilli, café foutu.
On a simplement voulu faire une rime entre bouilli et foutu. Donc on a transformé le mot bouilli en bouillu. Et ce mot n’est utilisé que dans cette expression : café bouillu, café foutu.
Si, par exemple, un ami met sa casserole sur le feu et que vous remarquez qu’il l’a oubliée, vous criez : café bouillu, café foutu !!!!
Chez nous, à ce cri d’alerte, on sait que quelque chose va bruler sur la cuisinière ou dans le four ! Alors on court et ça fait rire tout le monde.
Si je repars dans mon enfance, les années 1970, je revois mes grands-mères moudre les grains de café au fur et à mesure des besoins.
Le café utilisé était toujours le même : Café TOTAL de la maison RAVERDY situé dans le nord de la France. On trouvait ce café dans tous nos magasins dans l’est de la France. Et puis, un jour, il a disparu pour ne plus jamais revenir dans les boutiques de notre région. C’était, si ma mémoire ne me trompe pas, à la fin des années 1990, au début des années 2000.
Aujourd’hui, j’apprends sur internet, que la société a été sauvée en 2008 par Patrick Pasqueille.
On peut en acheter en ligne ! Ce café est aussi distribué dans les magasins du nord de la France.
L’odeur, le gout et la couleur particulièrement limpide étaient les caractéristiques de ce café préparé façon grand-mère.
L’eau était maintenue chaude dans une théière en metal fermée de son couvercle (pas complètement hermétique) et posée à un endroit qui n’était pas directement la partie la plus chaude de leur cuisinière à bois ou charbon. L’eau ne fremissait jamais et n’entrait jamais en ébullition. Elles surveillaient de temps en temps pour ajouter un peu d’eau pour compléter la faible évaporation.
Elles avaient un porte-filtre à café classique comme il en existe encore aujourd’hui.
Au moment de faire couler le café, elles plaçaient le porte-filtre au-dessus d’une théière en porcelaine et faisaient couler délicatement l’eau sur la poudre de café.
Je me souviens de cette odeur qui envahissait toute la cuisine jusqu’au salon.
Quand le café était servi dans les tasses, j étais amusé par ces petites bulles qui flottaient à la surface. Mais après la lecture des chapitres du livre ci-dessus, je sais maintenant qu’il s’agissait de l’huile du café !
C’est sûr, mes grands-mères suivaient un processus pour faire le café qui était quasiment identique aux indications des chapitres du livre. Et la formule « café bouillu, café foutu » prend tout son sens ! Pourtant, de 1830 à 1975, il y a 145 ans d’écart.
Dans notre région, dans les années 1970, beaucoup de gens avaient des cuisinières à gaz, électriques.
Mais beaucoup étaient aussi des travailleurs des mines de fer. De ce fait, ils avaient droit à ce qu’on appelle la prime de charbon ou prime de chauffage, même après la retraite. De ce fait, une de mes grand-mères recevait le charbon gratuitement. Et ce charbon servait à la fois pour chauffer la maison et pour la cuisinière dans la cuisine.
Une fois le remplissage de charbon (parfois de bois) effectué, la chaleur était produite pendant des heures. Selon les saisons ou les besoins de cuisiner, on utilisait plus ou moins de charbon. Mais on pouvait maintenir de l’eau au chaud sans jamais s’en occuper ou presque.
Vous comprendrez que nos anciens n’allaient pas s’encombrer de cuisinières électriques ou de gaz, de cafetières électriques avec tous les frais de consommation que cela implique ! Ils avaient leurs habitudes depuis si longtemps et, comme toujours, cette idée que les choses modernes , c’est pour les jeunes !
Et puis, croyez-moi, leur ancienne cuisinière à bois et charbon, c’était quelque chose de magique pour cuisiner, mijoter, cuisson lente, très lente, parfois du matin au soir ! Sur un cote pas trop chaud de la cuisinière, le soir, quel délice !
Qui ferait cuire quelque chose aujourd’hui de cette façon sur le feu à gaz ou électrique ? Il faut être conscient qu’il y a des choses qu’on ne goutera plus jamais.
Alors, la grande question : où est passé le café de grand-mère ?
Les années 1980, les mines ferment leurs portes. Les enfants des grands-parents veulent des équipements modernes. Du café déjà moulu, des cafetières et des bouilloires électriques.
Ça chauffe dans les chaumières !
Nous, on est adolescents, on boit du café comme celui des voisins. On ne se pose pas la question de savoir s’il est bon. Pendant une décennie, on prend des mauvaises habitudes, sans s’en rendre compte.
Dans les années 1990, on s’installe, on a une vie de famille, les mauvaises habitudes perdurent. On n’a pas le temps de prendre le temps, le travail, le travail encore et toujours.
Le café est toujours aussi mauvais, mais on ne s’en rend même plus compte.
Dans les années 2000, apparition de la Senseo. Une nouveauté qui bouleverse les choses. On trouve tous ce café excellent. C’est nouveau, ça change. Tout le monde s’y met.
De nouvelles habitudes se mettent en place.
Dans les années 2010, Nespresso ! Ah ben là, on monte dans une autre gamme. Super ! Mais franchement, pas pour tous les porte-monnaie.
Fin des années 2010, L’Or Barista, on s’adapte.
2025, on trouve des tonnes de marques de café, des tonnes de sortes, des tonnes de gouts. Des capsules de différents formats pour différentes marques de fabricants ou distributeurs.
On trouve des machines à grains pour tout budget.
J’ai presque tout essayé. Il y a beaucoup de choses que j’aime et beaucoup que je n’aime pas. Mais ce n’est pas à nous de dire ce qui est bon ou mauvais.
Par pays, par régions, par éducation, par habitudes, chacun aimera quelque chose que l’autre n’aimera pas et vice versa.
Et pour finir cet article, je n’aurai qu’une chose à dire :
Si vous saviez comme j’aimerai retrouver l’odeur du café de grand-mère ! Son gout, sa magie.
Je vais donc bientôt prendre le temps.
Je vais commander des grains de café TOTAL de la maison RAVERDY.
Je veux essayer le café de l’infusion à l’eau chaude, à l’eau froide, le café réchauffé.
Je veux essayer de moudre le café fin et grossier électriquement.
Je veux essayer de broyer le café au mortier.
Je veux essayer mes mixtures au bain-marie.
Je veux essayer de réchauffer au micro-onde. Trop de monde pense que les micro-ondes sont uniquement utilisables à puissance maxi dans un temps très court. Peu de gens savent quelles choses on peut réaliser avec cet appareil si on apprend à bien le connaitre.
Je veux utiliser des récipients de type thermos pour conserver mes breuvages au maximum à l’abri de l’oxygène.
Des récipients à col très fin bien rebouchés.
Quand on est jeune, on dit qu’on n’a jamais le temps.
Quand on vieillit, on regrette de ne pas avoir pris le temps pendant qu’on était jeune.
Quand on est trop vieux, c’est trop tard.
À l’âge d’être sage, une grande question me chagrine.
Est-ce que les choses modernes vont au détriment du goût ?
Les choses modernes ont toutes la même préoccupation. Aller vite, gagner du temps.
Loin de moi l’idée que les choses modernes offrent des gouts mauvais, infects, puisque moi-même j’en apprécie beaucoup.
Mais est-ce que la quintessence ne se trouverait pas dans les choses anciennes, moins rapides ?
Que ce soit en cuisine ou dans le café ?
La cuisson lente d’une viande, la cuisson basse température des légumes, l’infusion lente et froide du café ?
Est-ce que c’était mieux avant ou est-ce un souvenir faussé par une nostalgie mélancolique dans laquelle nous aimons parfois nous plonger volontairement ? La seule façon de le savoir est d’essayer ces recettes, ces façons de faire d’autrefois.
J’espère que cet article vous aura appris autant de choses que j’en ai apprises en l’écrivant et que ceci ouvrira votre esprit vers de nouveaux horizons, de nouvelles choses à tester ! Il faudrait peut-être même dire de vieux horizons et des vieilles choses !
Un bon café ne se boit jamais seul. Il faut toujours au minimum être avec soi-même, T.J.